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L‘Alliance biblique française - 2005-03-10 | Le Pentateuque de la TOB fait peau neuve !

 TOB

La Traduction Œcuménique de la Bible, publiée pour la première fois en 1975, se veut une édition ouverte aux récents développements des sciences bibliques. L’Association Œcuménique pour la Recherche Biblique, soucieuse que la TOB reste une édition de référence dans le domaine scientifique, a demandé à cinq spécialistes du Pentateuque d’entreprendre une révision de l’appareil de notes. Cet ouvrage « Le Pentateuque, Les cinq livres de la loi » vient d’être coédité par les Éditions du Cerf et la Société biblique française.

Q: Pourquoi ce chantier de révision était-il nécessaire ?
Jacques Briend : La théorie des sources documentaires qui sous-tend la rédaction des notes de la TOB dans les livres du Pentateuque est fortement remise en cause aujourd’hui. Il fallait donc atténuer la primauté de cette théorie telle qu’elle est présentée dans les anciennes notes de la TOB et relativiser le propos. Cinq spécialistes ont travaillé sur chacun des livres du Pentateuque : Thomas Römer (Genèse), Jean-Daniel Macchi (Exode), Jacques Briend (Lévitique), Olivier Artus (Nombres) et Jean-Marie Carrière (Deutéronome).

Q: La traduction a-t-elle été modifiée ?

Jacques Briend
: Très peu. La traduction a été conservée telle quelle avec quelques modifications de détail. Par exemple, dans le livre du Lévitique, le mot « interdit » servait à traduire deux mots hébraïques différents. La traduction a été légèrement modifiée pour qu’on ne confonde pas les deux termes à partir du français.

Q: Qu’est-ce que la théorie des sources documentaires ?
Olivier Artus
: L’exégèse scientifique s’est constituée d’abord en milieu protestant pour répondre à l’interpellation des sciences humaines. Le texte a été envisagé non plus comme un tout homogène, mais selon une perspective diachronique. On a essayé de déterminer comment le texte avait évolué au fil du temps et quels événements historiques avaient provoqué ces évolutions. Les textes étaient donc passés au crible de la critique historique.
On se fondait sur des éléments formels comme la pluralité des noms divins ou les doublets narratifs pour identifier différents modèles : des modèles documentaires (œuvres homogènes et relativement construites), des modèles fragmentaires (traditions plus éparses), des modèles complémentaires (qui assurent les liaisons entre les éléments). Cette approche mettait donc en œuvre une critique littéraire pointue pour attribuer chaque section de texte à l’une de ces catégories.
La théorie des sources documentaires prétendait à une exhaustivité. La critique des formes cherchait à mettre au jour l’enracinement sociologique des textes bibliques. Elle se nourrissait de la certitude - ou de l’illusion - que la seule analyse littéraire suffit à retrouver toutes les étapes de la rédaction des textes.

Q : Pouvez-vous rappeler pour nos lecteurs, quelles sources avaient été identifiés ?
Olivier Artus
: Des traditions orales pré-monarchiques auraient servi de sources pour la mise en forme de documents écrits, rédigés d’un seul tenant de façon homogène. La source Yahviste (J) reflèterait un courant pro-monarchiste centré à Jérusalem.
L’Élohiste (E) serait élaboré à la fin du 9ème siècle dans les milieux prophétiques du royaume du Nord. Les deux documents auraient fusionné à la fin du 10ème siècle pour former le Jéhoviste. Le Deutéronomiste (D) reflèterait la réforme religieuse et centralisatrice de Josias et Ezékias, rois de Juda.
Le Sacerdotal (P) serait le plus tardif et soulignerait la médiation des milieux sacerdotaux dans la relation du peuple d’Israël à Yahweh son Dieu.
L’ensemble des 4 sources aurait reçu encore un certain nombre de compléments avant d’être finalisé après l’époque d’Esdras.

Q : Cette approche visait-elle à identifier une source « pure » du Pentateuque ?
Olivier Artus
: On peut dire en effet que cette approche valorisait les traditions anciennes. Elle considérait par exemple les déclarations de foi d’Israël comme le noyau le plus ancien, avec l’idéologie sous-jacente que le plus ancien est forcément le plus authentique ou aurait plus d’autorité que les autres textes. On retrouve une démarche équivalente en ce qui concerne l’exégèse du NT avec la recherche du Jésus historique ou des ipsissima verba (parole authentiques) de Jésus.

Q : Qu’est-ce qui a amené la communauté scientifique à remettre en cause cette théorie ?
Olivier Artus
: Les premières contestations remontent assez loin dans le temps, car les contours de ces documents n’ont jamais fait l’unanimité entre les exégètes eux-mêmes. La remise en cause s’amorce réellement à partir de 1977 avec les travaux de Rolf Rendtorf qui développe l’idée selon laquelle les récits auraient été regroupés plutôt par unités narratives. On devient alors plus attentif aux césures dans la trame narrative, et il semble que les textes répondent plus à une logique narrative et synchronique. On redécouvre aussi l’importance des « fragments » ajoutés par la tradition. Les traditions les plus anciennes n’apparaissent donc plus aussi déterminantes pour l’équilibre du texte. Dans la composition du Pentateuque, la tradition interprétative est peut-être aussi importante que le soi-disant substrat ancien.

Q : A-t-on aujourd’hui plus de certitudes sur la composition du Pentateuque ?
Thomas Römer
: Au contraire ! Aucune nouvelle théorie de remplacement ne fait l’objet d’un consensus. On a appris à devenir prudent et moins péremptoire ! Par exemple, une théorie a eu un certain succès il y a quelques années : celle de l’autorisation impériale. Les autorités perses auraient demandé elles-mêmes aux peuples soumis de présenter leur tradition légale qui auraient de fait reçu l’aval de cette administration pour devenir le code législatif en vigueur dans la province concernée. On se demande aujourd’hui si cette hypothèse n’est pas un peu trop idéale pour être véridique !
Il est clair en tous cas, que le judaïsme post-exilique a eu besoin du Pentateuque car les repères traditionnels ne fonctionnaient plus, à cause d’une part de la diaspora et d’autre part de la perte d’autonomie politique. Le Pentateuque est donc un substitut à la perte des repères identitaires : une sorte de « patrie portative ».

Q : On ne peut donc plus rien dire sur les origines du Pentateuque ?
Thomas Römer
: Certains acquis restent encore valables : par exemple la distinction entre les textes sacerdotaux et le reste ou le statut particulier du livre du Deutéronome. Ce qui a changé c’est le paradigme sociologique qui sert à l’étude des textes. On avait l’impression auparavant que chaque siècle avait sa théologie propre. Aujourd’hui on imagine plus volontiers qu’il puisse y avoir contemporanéité de ces courants théologiques et interpellation mutuelle des différents systèmes théologiques dont on trouve la trace dans le Pentateuque. L’exégèse biblique déplace son centre d’intérêt. Ce ne sont plus les origines qui intéressent mais l’époque où cet ensemble s’est constitué. L’époque perse apparaît de plus en plus comme le véritable moment de la naissance du judaïsme, donc du Pentateuque. La recherche actuelle va s’interroger sur la spécificité des livres. Pourquoi les livres ont-ils été découpés de cette façon ? A partir de quel moment a-t-on clôturé les livres ? Le livre des Nombres est sans doute celui qui est resté le dernier ouvert et en chantier. On y observe un peu plus de « désordre » que dans les autres : les notations sur la Pâque, par exemple, seraient plus à leur place après Ex 12.

Q : Mais avec aussi peu de certitudes, une révision de la TOB n’était-elle pas prématurée ?
Thomas Römer
: Non, la révision était nécessaire ne serait-ce que pour modifier le ton général de l’annotation pour des énoncés moins affirmatifs, mais soulignant plutôt le caractère hypothétique des solutions envisagées.
Les réviseurs des notes ont pris le parti de présenter d’abord les textes bibliques dans leur dimension synchronique et de s’intéresser ensuite à l’histoire hypothétique de leur rédaction. Toute Bible comportant des notes importantes devra être continuellement revue. Je suis certain que le Pentateuque devra être à nouveau révisé d’ici 15 à 20 ans. Il faut s’en réjouir car c’est le signe que la recherche biblique est toujours en marche pour progresser dans la connaissance des textes.

Propos recueillis par Christian Bonnet (extraits des communications données par les artisans du projet le 13 octobre 2003 à la Faculté de théologie catholique de Paris).




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