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Ressources bibliques - 2009-02-09 | L'origine du mot Bible

Ce texte est à l’origine une émission radiophonique du pasteur Patrice Rolin : Un mot de la Bible : le mot "bible", diffusée pour la première fois le samedi 2 octobre 2004 sur Fréquence Protestante, 100.7 FM, texte dont nous gardons le style oral.

Le mot Bible     
 
Hé oui, le mot "bible", "biblia" en grec, est un mot de la Bible ! Mais si le mot "biblia" est un mot de la Bible, que signifiait-il pour les nombreux auteurs de ces textes ? Des auteurs qui ne savaient pas qu’un jour leurs écrits se trouveraient réunis dans un seul gros livre nommé "la Bible".
Aujourd’hui, de façon profane, le mot "bible" renvoie à tout ouvrage qui fait de façon exhaustive le tour d’une question. C’est ainsi que sur les étalages et rayons des libraires on peut trouver "La bible du généalogiste", "La bible du marin", "La bible du placement financier " etc... sans oublier l’incontournable "bible du bricolage" ou l’étonnante "bible du contrepet" !

Plus de 40 000 sites internet portent ainsi l’intitulé "La bible du ..." ou "La Bible de ...". J’ai même trouvé une "bible de la bière et des brasseries" !
Ce qu’il y a de commun dans cet inventaire hétéroclite de livres et de sites internet, c’est qu’ils se présentent tous comme la référence indispensable à qui veut s’initier à la technique dont ils sont "La bible". La référence indispensable et exhaustive qui fait autorité dans leur domaine. Nous reviendrons pour finir sur cette acception du mot "bible" comme référence ultime. Pour l’heure, demandons-nous d’où vient ce mot "bible", "biblia" ?

Un peu d’histoire ...

A l’origine du mot "bible", il y a une ville phénicienne, la ville de Gébal ; une ville portuaire dont le nom grec est Byblos. Le port de Byblos est donc un port phénicien sur la rive orientale de la mer Méditerranée, sur les côtes de l’actuel Liban, à une quarantaine de kilomètres au nord de Beyrouth. Il correspond à l’actuel ville de Djebail. Dans l’Antiquité, cette zone côtière était peuplée par les Phéniciens. Vous savez, les phéniciens, ce sont des gens commerçants et des marins. Les lecteurs de la bande dessinée Astérix connaissent bien le navigateur phénicien, un commerçant en import-export qui vend tout et qui porte le nom évocateur d’Epidemaïs. Et de fait, il semble bien que les Phéniciens aient dominé pendant plus d’un millénaire le commerce maritime en Méditerranée, et même jusque sur les côtes atlantiques de l’Afrique et de l’Europe occidentale.
 
Le papyrus

Mais comment en est-on donc arrivé du nom de ce port phénicien à la Bible ? Eh bien, parmi les nombreux produits qui transitaient par le port de Byblos, et que les marchands phéniciens transportaient jusqu’aux confins de la méditerranée, il en est un, précieux, qui était une spécialité égyptienne : le papyrus.

Le papyrus, c’est d’abord une plante qui pousse dans les zones marécageuses sur les rives du Nil. Une plante composée d’une longue tige de section triangulaire surmontée par une ombelle. C’est avec la tige de cette plante découpée en lamelles que, dès le début du 3ème millénaire, les Egyptiens confectionnaient des feuilles qui leur servaient de support pour écrire. D’ailleurs, savez-vous que notre mot français "papier" vient du mot "papyrus" ; même si le procédé de fabrication du papier que nous utilisons vient de Chine, et non d’Egypte. Bref, durant des siècles, c’est du port phénicien de Byblos que le papyrus d’Egypte était exporté vers le nord de la méditerranée, et en particulier vers la Grèce. Tant et si bien que les grecs finirent par appeler ces feuilles de papyrus du "byblos". C’est-à-dire "le produit provenant de Byblos". C’est un peu comme quand nous disons aujourd’hui "du belge" pour désigner un tabac. Ou encore comme quand nous disons un Laguiolle, du Pont l’Evêque ou du Bergerac pour désigner des produits qui viennent de ces villes. Le papyrus était donc devenu pour les grecs qui en étaient de grands consommateurs, du "byblos".

Un simple document en papyrus devenait donc un "biblion". Comme quand un touriste revient d’Egypte en disant « j’ai ramené un papyrus égyptien pour l’encadrer » ; il ne désigne bien sûr pas la plante, mais le document et les inscriptions qu’il porte.

De Séphèr à biblion

Et puis ces feuilles de papyrus, ces feuilles de byblos pouvaient être assemblées les une aux autres en de longues bandes que l’on roulait pour former un livre que l’on appelle "un volumen". Plus tard, sans doute au début de l’ère chrétienne, on relia ces feuilles en cahiers, un livre que l’on appelle "un codex".
Mais rouleau ou cahier, volumen ou codex, les grecs appelèrent un livre fait de feuilles de papyrus, un "biblion".

Un livre, en grec, c’est donc un "biblion", puisqu’il est fait en feuilles de "byblos".
Si bien que les traducteurs grecs de la Bible hébraïque, l’Ancien Testament des chrétiens, ces traducteurs ont tout naturellement utilisé le mot biblion pour traduire l’hébreu séphèr qui signifie "livre". C’est ainsi que dans la traduction grecque de l’Ancien Testament, Moïse écrit les paroles de Dieu dans le "livre -biblion- de l’Alliance".

A l’époque du roi Josias, on retrouve dans le Temple un rouleau de la Torah, la traduction grecque parle d’un "Biblion tou nomou", c’est-à-dire "un livre de la loi" (2 Rois 22,8).
C’est aussi un "biblion", un livre sur lequel Jérémie écrit les paroles de Dieu qui seront lues au roi Yoyaqim. Mais le roi découpe lui-même le livre au fur et à mesure de la lecture et le jette au feu (Jérémie 36). Le livre brûlé, une triste image qui traversera les siècles, symbole des pouvoirs totalitaires que la connaissance et la vérité dérangent.

Des livres qui n’en forment plus qu’un seul

Si dans la plupart des exemples du Premier Testament, dans sa traduction grecque, le mot "biblion" désigne un ouvrage singulier, quand il s’agit du livre de la Loi - la Torah - le mot désigne en revanche un ensemble de cinq livres.
Cependant, après avoir parlé de la "Loi" et des "Prophètes", le prologue du livre du Siracide (10) évoque les autres livres "ta biblia". Cela montre bien que l’auteur a bien conscience qu’il s’agit là de collections juxtaposées.

De fait, on parlera aussi au pluriel des "Livres saints", "Ièra bibloi", pour désigner des livres mis à part et faisant autorité en matière de foi.
Dans le Nouveau Testament qui utilise aussi la forme "biblos" pour désigner un livre particulièrement respectable, Jésus se réfère au "livre de Moïse" (au singulier) pour désigner la Torah (Marc 12,26).

Le livre des Actes parle du "livre des prophètes" (au singulier) pour désigner la collection des écrits prophétiques (Actes 7,42). Il semble bien aussi que quand il parle du "livre des Psaumes", il désigne non seulement les Psaumes, mais aussi le recueil, encore ouvert, des autres écrits qui constitueront la troisième partie de la Bible Hébraïque.
Nous voyons ici se constituer des collections de livres faisant autorité ensemble ; des livres qui commencent donc à être considérés comme un seul et même livre.

Le Nouveau Testament

Mais pour ce qui est du Nouveau Testament, quand ses auteurs utilisent le mot "biblos" pour désigner leurs oeuvres, ils veulent simplement dire un livre particulier. Et ils ignorent que leur livre se trouvera un jour réunit à une collection nommée la Bible.

Ainsi, l’évangile de Matthieu, et donc tout le Nouveau Testament, commence par le mot "biblos" : "Biblos généséos Ièsou Christou", ce qui peut se traduire littéralement par "Livre des origines de Jésus Christ".
De même, dans les derniers versets de l’évangile de Jean, l’auteur désigne son oeuvre comme un livre (20,30 ; 21,25).
Ce tour d’horizon des usages du mot "biblion" dans la Bible ne serait pas complet si l’on oubliait l’Apocalypse où il est abondamment question d’un mystérieux livre sur lequel sont inscrits les noms innombrables de ceux qui sont appelés à la Vie.
L’Apocalypse qui se termine, et clôt donc ainsi le Nouveau Testament par ces paroles (22,18-21) :
"...Moi, je l’atteste à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre :
si quelqu’un y ajoute quelque chose,
Dieu lui ajoutera les fléaux décrits dans ce livre ;
et si quelqu’un retranche des paroles du livre de cette prophétie,
Dieu retranchera sa part de l’arbre de la vie et de la ville sainte décrits dans ce livre.
Celui qui atteste ces choses dit : Oui, je viens bientôt.
Amen ! Viens, Seigneur Jésus !
Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec tous !"
Ainsi s’achève le dernier livre du Nouveau Testament, et donc le dernier livre de la Bible, par un appel au respect absolu des paroles qu’il contient.
Mais à la fin du premier siècle, l’auteur de l’Apocalypse ne pouvait évidemment pas penser conclure ainsi le Nouveau Testament qui n’existait pas encore comme collection constituée. Et il pouvait encore moins imaginer que cette collection de 27 livres qu’est le Nouveau Testament serait ajoutée à la collection de la quarantaine de livres qui constituent l’Ancien Testament.

La Bible

Comment en est-on arrivé à appeler tout cet ensemble de livres "La Bible" ?
Comment les chrétiens des premiers siècles appelaient-ils la traduction grecque de la Bible hébraïque, celle qu’ils nommeront plus tard l’Ancien Testament ? Comment appelaient-ils la collection des livres du Nouveau Testament qui commençait à se constituer en liste officielle ?
Ils appelaient ces livres de la plus simple des façons : "ta biblia", les livres, ou "Ièra bibloi" "les livres saints". C’est semble-t-il, au moins dès le 4ème siècle ap. J.C. que le pluriel "ta biblia" renverra à l’ensemble constitué par la collection de livres de l’Ancien Testament et de la collection des livres du Nouveau Testament.
Pour ces chrétiens des premiers siècles, il était donc clair qu’il s’agissait bien d’une pluralité d’écrits, ainsi, au 4/5ème s. ap. J.C., Jérôme, le grand traducteur de la Bible en latin parlait de cet ensemble de livres comme "d’une bibliothèque divine".
Une "bibliothèque". On peut effectivement comparer la Bible à une bibliothèque.
D’ailleurs, le mot même de bibliothèque contient la racine grecque "bibl" puisqu’une bibliothèque est une collection de livres.

Et comme sur les rayonnages d’une bibliothèque, les livres ne sont pas nécessairement rangés par ordre chronologique de rédaction mais plutôt "pédagogiquement" et/ou par thème, par taille, par genre, par auteur, ... ou encore dans une chronologie qui n’est pas celle de leur écriture, mais une construction "historique" de celui qui l’ordonne.

Mais il y a plus, comme toute bibliothèque, même une bibliothèque orientée idéologiquement, les auteurs n’ont pas tous exactement les mêmes compréhensions des sujets qu’ils traitent. Sinon, pourquoi ne pas avoir qu’un seul livre ? C’est dire que la Bible présente en son sein une diversité de positions sur les grandes questions existentielles de l’humanité, sur les façons de se représenter Dieu. Bien sûr, il y a quand même une certaine unité et il ne s’agit pas d’un assemblage hétéroclite, mais dans cette relative unité, apparaît une diversité et certains livres entrent même en débat avec d’autres.

Pourquoi est-on passé du pluriel "les livres" au singulier "la Bible" ?

Au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne, la liste officielle des livres du Nouveau Testament se constitue, et ceux-ci sont adjoints à l’Ancien Testament. C’est en même temps la période où dans le christianisme, on adopte progressivement l’assemblage de cahiers pour constituer des codex, les ancêtres de nos livres reliés.

C’est aussi et surtout la période où le latin vient progressivement remplacer le grec qui était jusqu’alors la langue véhiculaire de l’Antiquité.
Or en latin, on va transposer littéralement le mot grec "ta biblia", "les livres". Mais ce pluriel "biblia, "les livres" est alors compris comme un féminin singulier. "Biblia" en latin signifie "la Bible ! C’est le même son, mais en grec c’est un masculin pluriel, et en latin c’est un féminin singulier.
Et voilà notre bibliothèque plurielle transformée en un ouvrage singulier. Bien sûr il ne s’agit pas là d’une erreur de traduction, il s’agit de l’aboutissement d’un long processus de plusieurs siècles. Un processus porté par la conviction que Dieu s’exprime dans les différents livres de la Bible.

Certes, mais respecter le texte de ce monument qu’est devenu la Bible, ce n’est pas le comprendre comme un ensemble monolithique et monocorde. Un sorte de "traité d’une pensée unique".
Respecter la Bible c’est aussi entendre les voix diverses et parfois divergentes qui s’y expriment. Des voix qui entrent en débat dans la variété de la bibliothèque qu’elle constitue.

Patrice Rolin



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