L’Ecriture existe désormais dans 2 479 langues : La traduction de la Bible renforce la relation qui est au cœur du christianisme
Les croyants qui n’ont jamais été obligés de lire la Bible dans une langue autre que la leur imaginent difficilement ce que peuvent ressentir les personnes qui ont cette possibilité pour la toute première fois : ces personnes qui, après avoir lu l’Ecriture pendant des années dans leur seconde langue, avec tous les doutes, questions et compréhensions partielles que cela implique, entendent maintenant Dieu leur parler dans leur propre langue, dans leur langue maternelle.
Le plaisir, la joie, l’étonnement et bien d’autres émotions de ces personnes se résument dans l’exclamation qui jaillit si souvent lors du lancement d’une nouvelle traduction : « Dieu parle ma langue ! »
Et ce n’est pas tout. Lorsque ces croyants emportent chez eux leur nouvelle bible et qu’ils commencent à la lire, la découverte de la nouveauté que « Dieu parle ma langue ! » sera relayée par un approfondissement de leur relation avec Dieu, rendu possible par l’intimité de la communication dans une langue désormais véritablement partagée.
Les chiffres ne sont pas suffisants
Les seuls chiffres ne suffisent pas à rendre compte d’expériences aussi fortes, mais il mérite d’être signalé que le Rapport de traduction biblique 2008 de l’Alliance biblique universelle (ABU) enregistre 13 nouvelles traductions de la Bible et 17 nouvelles traductions du Nouveau Testament. Ce Rapport, qui est actualisé chaque année, enregistre les nouvelles traductions et les révisions de la Bible intégrale ou de parties de la Bible qui parviennent à l’une des trois bibliothèques de dépôt au cours de l’année (voir ci-dessous le paragraphe Informations générales pour comprendre les chiffres du Rapport de traduction biblique). Au 31 décembre 2008, le total cumulé avait atteint le chiffre de 2 479 langues, contre 2 454 l’année précédente.
L’approfondissement et l’intensification de la relation avec Dieu que rend possible le simple fait de pouvoir lire la traduction appropriée ont trouvé une belle illustration en novembre dernier, lors du lancement de la Bible en sar, dans le sud du Tchad.
Dans l’allocution prononcée devant des centaines d’invités, M. Andy Warren-Rothlin, conseiller en traduction de l’ABU, a lancé la question de savoir pourquoi l’ABU se donnait la peine de traduire la Bible. A cette question, rhétorique, il a répondu par une autre : « Quel père parlerait une langue étrangère à ses enfants ? »
L'essence même de la foi chrétienne
Cette question en dit long sur l’importance de disposer de la Bible dans sa première langue : non seulement le message de Dieu gagne en clarté, mais – et c’est encore plus significatif –, l’essence même de la foi chrétienne est mise en valeur : elle est par nature relation entre des enfants et un Père. Si les croyants doivent la percevoir comme telle, ne sont-ils pas en droit de demander : « Quel père parlerait une langue étrangère à ses enfants ? »
En août dernier, lors du lancement de la Bible en bunda, en Zambie, Peter Kameya Chavaya a exprimé les choses comme suit : « Posséder la Bible dans ma propre langue, c’est comme avoir l’assurance que… le Dieu de mon ethnie est bien le Dieu même de la Bible. »
Comme beaucoup de personnes qui ne disposent pas de la Bible dans leur propre langue, M. Chavaya avait été convaincu qu’il ne parviendrait jamais à vraiment comprendre Dieu, et que celui-ci ne le comprenait pas non plus.
Ou pour reprendre les propres termes de M. Chavaya : « La Parole de Dieu ne semblait pas nous atteindre de façon pleine et immédiate parce que nous étions obligés de la lire et de nous en approprier le message dans d’autres langues. »
Une relation plus profonde, plus intense avec Dieu le Père est certes la principale bénédiction de toute nouvelle traduction de la Bible, mais d’autres bienfaits – plus terre à terre – l’accompagnent.

Le prestige
Le premier est le prestige qu’une traduction de la Bible confère à une langue. Une langue qui s’avère capable de transmettre les vérités spirituelles les plus profondes – et qui est estimée digne de le faire – est une langue dont les locuteurs, forcés parfois pendant des années à parler en public la langue majoritaire et n’osant parler la leur, minoritaire, que dans un contexte familial ou privé, peuvent être fiers.
En novembre dernier, Ala Ka Kuma, la Bible en jula, a été lancée au Burkina Faso.
« Ala Ka Kuma va donner une cohésion à notre langue ! a déclaré Mgr Anselme Titiama Sanou, archevêque catholique de Bobo Dioulasso. Cette Bible aidera aussi le monde julaphone non religieux à mieux s’exprimer, à trouver les mots justes. Grâce à elle, une littérature en jula va voir le jour ! »
Un impact sur la culture
L’émergence d’une « littérature en jula » est une perspective ambitieuse, mais lorsqu’on considère l’influence exercée sur la langue et la littérature anglaises par une traduction comme la Bible King James, qui aura bientôt 400 ans, l’idée qu’une nouvelle traduction dans une langue africaine puisse avoir un impact semblable sur la culture ne paraît pas tellement saugrenue.
Ainsi, une nouvelle traduction de la Bible peut renforcer, voire engendrer, toutes sortes d’initiatives d’ordre culturel.
Parmi les autres bienfaits liés à la moisson de nouvelles traductions engrangée en 2008, l’encouragement de l’alphabétisation mérite d’être mentionné. Le taux d’alphabétisation du public potentiel d’une nouvelle traduction étant un facteur clé pour son succès à long terme, l’intérêt pour les Sociétés bibliques de promouvoir l’alphabétisation est évident. Mais il faut préciser qu’en même temps l’arrivée de la première traduction de la Bible dans une langue est aussi une incitation importante pour ses locuteurs à vouloir apprendre à lire, souvent pour la première fois. Tel a été le cas du Nouveau Testament en lari, lancé en République du Congo en octobre dernier.
Un réveil spirituel
A quelques semaines du lancement du Nouveau Testament en lari à Brazzaville, en République du Congo, l’Alliance biblique du Congo a été vivement encouragée par l’accueil enthousiaste réservé à son programme de formation d’alphabétiseurs organisé en octobre dernier.
« Je suis convaincu que l’utilisation du Nouveau Testament en lari, soutenue par l’alphabétisation, suscitera un réveil spirituel ! » a déclaré l’abbé Isidore Malonga.
La nécessité d’encourager l’alphabétisation était également un des thèmes clés au lancement du Nouveau Testament en kono, à Freetown, en Sierra Leone. Lors d’une célébration de lancement organisée un peu plus tard à Koidu, dans l’est de la Sierra Leone, la bible a été portée dans un hamac, selon l’expression de respect due au chef kono.

La prédication tire également bénéfice d’une nouvelle traduction. Le premier traducteur du Yiesu Labarmann Mual Ni, le Nouveau Testament en mual lancé le même mois au Togo, avait observé que pendant les services religieux, les locuteurs du mual étaient obligés d’écouter une traduction au pied levé d’une lecture biblique faite dans une autre langue, que les interprètes avaient beaucoup de mal à contextualiser. Au fur et à mesure que les pasteurs s’approprieront la nouvelle ressource, les difficultés de ce genre tendront à diminuer.
De nouveaux chants de louange
L’adoration est un autre aspect de la vie d’Eglise sur lequel une nouvelle traduction a un impact certain. En effet, il n’est pas rare que peu après le lancement d’une nouvelle traduction apparaissent de nouveaux chants de louange – basés sur le nouveau texte – qui viennent donner un nouveau souffle à l’adoration en Eglise. En janvier 2008, le Nouveau Testament en khassonké a été lancé à Oussoubidiagna, dans une région reculée du sud-ouest du Mali. Et là, la chorale a interprété – lors même de la cérémonie de lancement ! – des chants en khassonké inspirés de la nouvelle traduction et écrits par Jean-Marie Kanouté, le principal traducteur. Et d’autres chants suivront, il n’y a pas le moindre doute !
Les expériences dont rendent compte les statistiques du nouveau Rapport de traduction biblique ont déjà été l’occasion de grandes joies dans le monde entier. Mais le nombre de langues dans lesquelles la Bible entière est disponible n’est que de 451 – sur un total mondial estimé à 6 900 langues ! C’est pourquoi l’œuvre de traduction, le cœur qui anime la mission de l’ABU, se poursuit.
Ce rapport fait référence aux projets suivants :
Tchad : la Bible en sar : projet 87608
Burkina Faso : la Bible en jula : projet 72911
Congo (République du) : Nouveau Testament en lari : projet 73901
Sierra Leone : Nouveau Testament en kono : projet 85806 – 2007
Togo : Nouveau Testament en mual : projet 87812